Le premier toucher après le divorce

Au début, il me manquait. Puis j’ai eu peur et j’ai oublié ce que c’était. Toucher, être proche. Jusqu’au jour où quelqu’un a tendu la main… et ma peau s’en est souvenue.

i Tým autorů Calmory
Récits personnels
5 min de lecture 28.07.2025

Le divorce, c’est la fin d’une histoire qui devait durer pour toujours. Mais parfois, c’est aussi la fin du corps.

Mon divorce a été silencieux, civilisé. Nous nous sommes mis d’accord. Nous avons partagé les meubles, le soin des enfants et du chien. Il m’est resté les clés, la solitude et un corps que j’avais cessé de ressentir.

Longtemps après le divorce, je n’ai touché personne et personne ne m’a touchée. Peut-être par honte. Peut-être par méfiance. Peut-être parce que je ne me semblais pas assez vraie pour un nouveau départ. J’avais les paumes fermées, comme si j’y portais ma vulnérabilité et que je ne voulais la montrer à personne.

Et puis… ce fut un moment tout à fait ordinaire.
J’étais en sortie avec des ami·es. Nous riions, assis autour du feu, quelqu’un m’a tendu une couverture parce qu’il faisait plus froid. Il a tendu la main vers moi. Comme ça, sans attente, et mon corps s’est figé. Un petit mouvement, des doigts sur mon avant-bras, et pourtant j’ai eu l’impression que le temps s’était arrêté.
Ce n’était pas du romantisme. Ce n’était pas de la passion.
C’était un toucher qui disait : « Je te vois. J’ai remarqué que tu as froid. »
Et dans ce geste simple, tout s’est brisé.

À la maison, je me suis touché l’avant-bras, exactement à l’endroit où il m’avait touchée. Pas pour répéter la sensation, mais parce que j’ai réalisé que j’avais senti quelque chose.
Pour la première fois depuis longtemps. C’était un mélange de panique, de tendresse et de surprise. Et surtout, c’était mon ressenti. Il ne venait pas de la tête, mais du corps. On ne pouvait ni l’inventer ni le réprimer. Seulement le traverser.

Les souvenirs ont commencé à revenir. Pas de l’ex-mari, mais de moi. De ce que c’était d’être jeune, amoureuse, libre. De la façon dont je riais autrefois au point de tomber en arrière. De la façon dont je m’allongeais dans l’herbe et laissais le soleil caresser mon ventre. De la façon dont je savais simplement être, sans besoin de me contrôler, de me protéger, de fuir.

Après le divorce, je m’étais juré d’être forte, et pour moi la force voulait dire l’autosuffisance. Ne pas pleurer ! Ne pas vouloir ! Ne pas avoir besoin !

Plus je me le répétais, plus je me perdais. Mon corps n’était pas protégé, il était abandonné. Je ne voulais pas qu’on me touche et en même temps je le désirais tellement que j’en avais honte. Tout ce que j’avais jamais senti, je l’avais rangé dans une boîte profonde avec l’étiquette « plus tard ». Seulement, plus tard n’est pas venu. Jusqu’à ce moment-là.

J’ai commencé à changer les choses lentement. Pas d’un saut. Je ne me suis pas lancée tout de suite dans une nouvelle relation. Mais le matin, après la douche, je m’accordais quelques secondes pour étendre de la crème sur mon corps, non pour qu’il soit beau, mais pour qu’il soit perçu. Je m’arrêtais au soleil et, au lieu d’une autre tâche sur la to-do list, je posais simplement les mains sur la poitrine, ou je me caressais le visage et les cheveux...
Je voulais me rappeler que je suis là. Vivante. Qui respire. Sensible.

Le plus difficile a été de m’autoriser la proximité. Pas celle physique, mais celle émotionnelle. Être en présence de quelqu’un d’autre sans me sentir menacée. Accepter que, même si j’ai été abandonnée, je n’ai pas à m’abandonner moi-même. Qu’un toucher n’est ni une promesse ni le début de quelque chose qui doit finir. C’est seulement un instant qui peut être sûr, si je me le permets. Et que, même avec un divorce derrière moi, je ne suis pas brisée. Je suis encore entière. Peut-être un peu autrement.

Calmory : 
Une rupture ou un divorce laisse souvent une trace non seulement émotionnelle, mais aussi corporelle. Le corps peut « éteindre la mémoire du toucher » pour un temps plus long, à cause de la douleur, de la protection ou de la honte.

Qu’est-ce qui peut aider ?

  • Un retour conscient au corps. Pas à travers une relation, mais à travers la présence. Une douche chaude, un automassage, un léger étirement.
     
  • Un toucher sans contexte sexuel. Embrasser une personne proche, toucher un arbre, s’asseoir au soleil et sentir sa chaleur.
     
  • De petits rituels de présence. Le matin, poser une main sur la poitrine et sentir le souffle. Le soir, te caresser les jambes avant de glisser sous la couette.


Des affirmations qui peuvent guérir :
Respire seulement et dis-le à voix haute...
« Mon corps mérite d’être senti, pas caché. »

« Le toucher peut être tendre, sûr et réparateur. »

« Je m’autorise à revenir lentement vers la proximité. »

Le mot de Calmory
Peut-être que tu l’as vécu toi aussi. Peut-être que ton corps est encore en alerte. Peut-être que tu te demandes si tu laisseras un jour quelqu’un s’approcher à nouveau.
Mais le corps se souvient, et quand il est prêt, il le demande. Pas par la pression, pas par le désir, mais par la douceur. Un frémissement bienveillant sous la peau, qui suggère : « C’est le moment. »
Peut-être que quelqu’un d’autre a besoin de l’entendre, maintenant.

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